L’INDUSTRIE DE LA MODE : UNE OBLIGATION DE CHANGER POUR UN MONDE PLUS DURABLE

16.05.2018

Nous savons aujourd’hui que la mode fait partie des industries les plus polluantes au monde – en concurrence avec les transports, la production de pétrole et de gaz et l’agriculture. Pendant plusieurs décennies le secteur du textile a su cacher cette information et se montrer sous son meilleur jour aux yeux de ses consommateurs.

Seulement, depuis quelques années de plus en plus de scandales ont éclaté autour des conditions de travail abusives et des préjudices environnementaux engendrés lors du processus de production de vêtements. Les consommateurs ont alors commencé à se questionner sur la provenance des vêtements qu’ils achetaient et comment ils étaient produits.

« Quand vous connaissez l’industrie, vous comprenez que faire les choses correctement a un prix », explique Carol Blázquez, responsable de l’innovation et du développement durable chez Ecoalf. « Lorsque vous achetez un t-shirt à 1,99 €, vous savez que les choses n’ont pas été bien faites ».

Carol travaille pour l’une des entreprises de mode visant à changer le modèle de production pour le rendre durable. Ecoalf, fondé en Espagne en 2009, utilise l’innovation comme un outil pour réduire l’impact négatif de l’industrie de la mode et son utilisation aveugle des ressources naturelles.

« Avec le président de l’entreprise, nous avons pensé au recyclage comme moyen de minimiser la consommation de ressources », explique-t-elle. « Les déchets ont cessé d’être des déchets et sont devenus une matière première avec laquelle nous pouvions créer des vêtements en utilisant le même design que les autres »

L’idée fut un succès et maintenant Ecoalf utilise des matériaux recyclés – des bouteilles en plastique, des filets de pêche, des marcs de café et des pneus – dans la plupart de leurs produits. Cette entreprise offre une alternative à la production traditionnelle -qui ne cautionne plus les destructions environnementales- tout en gagnant en notoriété à travers le continent.

Une chaîne de production opaque

Lorsque nous achetons un vêtement dans un magasin grand public, nous avons souvent très peu d’informations sur son origine. Même si nous demandons au directeur du magasin, il est impossible de retracer entièrement le parcours d’un article depuis sa création jusqu’à sa vente.

« L’industrie de la mode a une chaîne d’approvisionnement avec de nombreuses étapes » dit Carol, « et par conséquent un impact environnemental très élevé, surtout en début de chaîne ». C’est ici que se situe le problème, le processus de production a tellement d’étapes qu’il devient impossible pour le consommateur d’en connaître le fonctionnement et de fait il s’en désintéresse.

Le début de la chaîne textile comprend la culture de la matière dans le cas des matières organiques et la création de matériaux synthétiques, deux processus très exigeants en ressources. Comme le revendique le site web d’Ecoalf, le processus de production de fil recyclé est beaucoup plus court que celui du fil traditionnel, consommant 25% moins d’eau et 27% d’énergie en moins.

Même s’il est plus simple pour les consommateurs de ne pas poser de questions sur l’empreinte environnementale de leurs vêtements, il est cependant facile de s’informer sur la question. « Les grands acteurs de l’industrie de la mode sont conscients et ils commencent à réagir, et quand ils réagissent, le marché réagit. Peu à peu on observe des changements chez les entreprises de mode éphémère pour être plus durables – elles n’ont tout simplement pas d’autre choix.

Les certifications comme garanties pour les clients

Ecoalf met l’accent sur le fait qu’ils surveillent attentivement la durabilité de l’ensemble de leur chaîne de production. En plus de contrôler l’origine de leurs tissus, ils prêtent attention à d’autres étapes telles que les processus de teinture, en cherchant des alternatives aux substances chimiques avec un haut degré de toxicité.

« Nous essayons toujours de travailler avec les meilleurs fournisseurs, nous voulons connaître leur travail personnellement. Nous donnons également beaucoup d’importance aux certifications externes garantissant à nos consommateurs l’origine réelle de leurs vêtements. »

Ensuite, lors de l’étape dans la chaine d’approvisionnement qui les concerne Ecoalf précise « Ce sont dans nos locaux que nous contrôlons à 100% nos produits. C’est là qu’intervient l’écolabel d’EKOénergie ! ». La société utilise des énergies renouvelables certifiées EKOénergie depuis fin 2017 et le revendique. A travers ses engagements Ecoalf participe à la transition écologique.

« Bien sûr, j’encourage les particuliers et les entreprises à passer à une énergie 100% renouvelable et durable. Ce choix n’a aucun impact négatif sur le consommateur, c’est facile et le changement qu’il génère est énorme. » Un véritable changement de paradigme dans l’industrie de la mode, comme dans tout autre secteur du marché, nécessiterait que les consommateurs, les marques et les gouvernements soient alignés et motivés. Nous avons tous notre part de responsabilité et il est temps d’agir. Comment ? À travers nos choix de consommation : lorsque nous achetons un vêtement questionnons-nous sur sa provenance -qui l’a fabriqué ? Son travail est-il récompensé à sa juste valeur- et sur ce qui se cache derrière son prix.

Article écrit par Teresa López, traduit par Julia Urbaniak